Pour une enfance heureuse

La parentalité

C’est un terme récent qui est défini dans le Larousse de la manière suivante : « Fonction de parent, notamment sur les plans juridique, moral et socioculturel« .

Cette définition, très générale, ne parle pas de l’enfant lui même ni de l’importance de l’aspect psycho affectif dans le développement de l’enfant.

La définition du concept de parentalité positive énoncée par le conseil de l’Europe en accord avec la convention des nations unies relative aux droits de l’enfant définit plus précisément les principes fondamentaux que les parents devraient apporter à leurs enfants :

    • fakirune éducation affective en répondant à leurs besoins d’amour, d’affection et de sécurité
    • des structures et des orientations en leur donnant un sentiment de sécurité, en instaurant des règles de vie et en fixant les limites
    • une reconnaissance en les écoutant et en les appréciant en tant qu’individus
    • une autonomisation permettant de renforcer chez eux le sentiment personnel de compétence
  • une éducation non violente excluant tout châtiment corporel ou psychologiquement humiliant

« Un seule mère, un seul père, c’est bien trop peu. Pour accompagner l’enfant dans la navigation d’enfance, il en faudrait au minimum dix, vingt. »

C.Bodin « La folle allure »

« Pour élever un enfant, il faut tout un village »

Proverbe africain

Toute personne en charge d’enfants que ce soit la famille élargie, les éducateurs, les personnes gardant l’enfant devraient se conformer à ces principes.

Mais au delà de cette définition de la parentalité positive, une question essentielle à se poser en tant que parent (ou éducateur, famille) est :

« Qu’est ce que je souhaite transmettre à cet enfant ? »

Il n’y a pas de ‘bonne réponse‘ à cette question mais en fonction du but recherché, la connaissance du développement de l’enfant ou de la relation parent/enfant donnent quelques indications précieuses.

Pour un approfondissement du thème de la parentalité abordé dans cet article , je propose régulièrement des soirées découvertes gratuites en petit groupe.

Les neurosciences affectives

Depuis une quinzaine d’années, le développement des neurosciences affectives a permis de confirmer de manière scientifique des phénomènes que les professionnels dans leur expérience de tous les jours soupçonnaient.

L’environnement de l’enfant et tout particulièrement du bébé a un effet physiologique sur le développement du cerveau.

La qualité des relations affectives de l’enfant avec les personnes qui prennent soin de lui va  au travers d’hormones (ocytocine, cortisol, dopamine, sérotonine, …) activer ou pas certains circuits neuronaux. La répétition régulière sur plusieurs mois de l’activation de ces circuits va entrainer un développement de ces zones. Et parallèlement, la non activation d’autres circuits va entrainer leur atrophie.

Le stress vécu de l’enfant libère du cortisol qui va activer l’amygdale (difficulté de régulation des émotions), l’hippocampe (baisse de mémorisation), le cortex préfrontal (risque d’hyperactivité, d’isolement, d’agressivité).

Pour une enfance heureuseLes relations agréables (enfant dans les bras, échange bienveillant, plaisir partagé, sentiment de sécurité) libère de l’ocytocine chez l’enfant mais aussi chez le parent ce qui agit sur la confiance en soi, l’empathie, la régulation des émotions et de l’anxiété. Le cortex prefrontal et le cortex orbito frontal sont les parties les plus activées.

L’intensité de l’échange avec l’environnement (violence, abus) ainsi que la répétition sont les 2 critères qui vont réguler l’impact sur le développement du cerveau.

Pour plus d’information, « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen.

Ou cette conférence qui présente le contenu de ce livre

La plasticité du cerveau

Dans les années 1990, des analyses des cerveaux d’enfants d’orphelinats roumains qui étaient dépourvus de contacts relationnels ont montrées une atrophie importante des lobes préfrontaux du cortex qui jouent un rôle majeur dans les relations sociales. Ces enfants avaient un comportement d’autiste.

Après un placement de ces enfants dans des familles d’accueil, une partie d’entre eux ont eu, grâce aux contacts relationnels reçus, un accroissement de leurs lobes pré-frontaux préalablement atrophiés et une amélioration sensible de leur compétences relationnelles.

Malgré un stress sévère majeur, grâce à la résilience, certains d’entre eux ont donc pu grâce à la plasticité du cerveau retrouver une partie de leurs facultés.

A plus faible échelle, la conséquence est qu’il est possible d’avoir une réversibilité sur le développement du cerveau. En changeant de comportement environnemental de l’enfant, il est possible de faire évoluer le développement du cerveau. Plus le changement de comportement interviendra tôt dans le développement de l’enfant, moins il faudra de temps pour que le changement soit durable.

La théorie de l’attachement du bébé

John Bolwby dans les années 1950 a émis une nouvelle théorie : la théorie de l’attachement.

attachement

L’attachement, un lien vital de Nicole Guedenay

A la naissance, le bébé est totalement dépendant de son environnement et lorsqu’il a mal ou peur, il vit un stress qu’il a besoin de réguler. Son développement moteur et cognitif est très limité et sa seule action possible est de crier pour demander de l’aide. C’est la proximité physique du parent qui pourra satisfaire son besoin de sécurité et le soulager.

Au fur et à mesure du développement cognitif et moteur, le bébé pourra utiliser d’autres stratégies (bras tendu, quatre pattes, parole, …). Au fil du temps  son besoin de proximité (0-18mois) pourra aller vers un besoin de disponibilité (2 ans) ou d’accessibilité (4 ans).

Dans les 9 premiers mois, l’enfant en fonction des réponses de son environnement, va s’attacher aux personnes répondant le mieux à son stress et ses besoins de sécurité. Il y aura une figure d’attachement primaire et quelques figures secondaires. C’est le bébé qui en fait le choix en fonction de la qualité de réponse de l’environnement. C’est habituellement la personne qui s’occupe le plus de l’enfant.

En parallèle, à partir de 3 mois avec le développement moteur et cognitif du cerveau, un nouveau besoin apparaît : le besoin d’exploration du monde qui se traduit par une curiosité et une volonté de maîtrise du monde.

Ce besoin vient en ‘opposition‘ du besoin de sécurité car plus le bébé s’éloigne et plus il découvre le monde plus il est soumis à des émotions nouvelles négatives : qu’elles soient internes (frustration, colère, impuissance, tristesse,peur) ou externes (éloignement de la figure d’attachement, bruit, danger). Le développement du cortex préfrontal qui régule les émotions n’est pas encore développé et l’enfant va être submergé par ses émotions et il a  besoin du soutien de sa figure d’attachement pour éteindre la tempête.

L’enfant ne pourra commencer à gérer ses émotions qu’à partir de 6-7 ans quand le cortex préfrontal est suffisamment développé.

C’est la qualité, la permanence et la pertinence de la réponse de la figure primaire d’attachement au stress ou aux besoins du bébé qui va définir son type d’attachement.

Ces types d’attachement sont directement liés à la confiance en soi et en les autres, à l’estime de soi , aux relations sociales et à l’intelligence émotionnelle.

Mary Ainsworth décrit 4 types d’attachement :

  • Attachement sécure : Le parent répond à la demande de l’enfant.
    « Je sais qu’en cas de besoin ma figure d’attachement répond, je peux donc me consacrer pleinement à la découverte du monde. je lui signale quand j’en ai besoin et elle me répond comme j’en ai besoin« 

Quand l’environnement ne répond pas de manière adéquate mais continue à le protéger, l’enfant va s’adapter:

  • Attachement insécure évitant : Minimisation des besoins d’attachement.
    « Chaque fois que j’ai exprimé mes besoins, ma figure n’a pas répondu, mais si je ne montre pas mes besoins, elle est disponible et me donne de la proximité. Donc, quand je suis en détresse, je n’exprime pas mes besoins et je me débrouille seul.« 
  • Attachement insécure ambivalent : Maximisation des besoins d’attachement et baisse des besoins d’exploration.
    « En cas de besoin, je ne sais pas quelle sera la réponse de ma figure d’attachement. Je garde donc en permanence mon attention sur sa disponibilité et je maximise ma détresse car la réponse est plus efficace. Quand elle répond, j’ai besoin de lui dire ma colère concernant son attitude« 

L’insécurité de l’attachement limite les potentialités d’un développement optimal en particulier dans les relations sociales, le confort émotionnel, la négociation des conflits.

Lorsque l’environnement n’offre pas de protection (violence, abus, abandon), l’enfant se retrouve dans une grande détresse et développe un attachement désorganisé.

« Chaque fois que j’ai besoin du réconfort de ma figure, je ne sais pas si elle me protègera, me terrifiera ou m’abandonnera. Je n’ai aucune idée de ce que je peux faire pour obtenir la proximité dont j’ai besoin. Je ne sais plus quoi faire« 

L’attachement désorganisé représente une vulnérabilité en soi prédictive de troubles cognitifs, émotionnels et du comportement.

Pour pouvoir explorer, le bébé a besoin d’avoir une base de sécurité suffisante. Si je sais que ma figure d’attachement sera là si j’ai besoin d’elle, je peux découvrir le monde en tant qu’enfant mais aussi en tant qu’adulte dans mes relations sociales.

Pour plus d’information vous pouvez regardez cette vidéo très intéressante, un peu longue (1h30) mais très accessible.

La réponse de l’environnement

Un bébé ne peut pas ne pas exprimer ses besoins. En fonction de la réponse et sur la durée il s’adaptera.

Jusqu’à l’âge de 3 ans le besoin d’attachement et de sécurité est prépondérant sur le besoin d’exploration.

Dans cette période, un système d’alerte chez le parent va être activé pour répondre aux besoins de l’enfant. Sauf troubles du parent, ce fonctionnement est automatique. C’est la réponse pour prendre soin de l’enfant : le Caregiving.

Le CareGiving a pour but de protéger l’enfant ET de l’accompagner dans l’exploration. C’est une attitude de disponibilité mais aussi de respect de l’enfant qui a l’initiative de la demande.

La figure d’attachement répond par une proximité physique mais aussi par une disponibilité émotionnelle. C’est la capacité du parent à percevoir et à interprêter les expressions verbales ou non verbales de l’enfant de manière correcte et d’y répondre rapidement et adéquatement de manière prévisible.

La réponse peut se décomposer de la manière suivante :

  • La figure d’attachement crée une expérience de partage émotionnel (mirroring) en répondant sur le même registre émotionnel intraverbal (mimique, prosodie) en accentuant et en ralentissant son expression.
  • Cela permet à l’enfant de se sentir validé dans l’expression de son émotion négative.
  • Le parent agit ensuite en apportant une solution concrète aux difficultés de l’enfant.

Des exemples concrets sont donnés dans la vidéo ci-dessus.

A partir de 4 mois, le parent  soutient également l’exploration de son petit.

A partir de 18m/2 ans, un accompagnement par la parole est introduit : identification du besoin et des émotions, reconnaissance des émotions, recherche de solution. Un partenariat pourra alors se développer progressivement grâce à une communication ouverte entre l’enfant et ses parents. Et à 4 ans une négociation pourra être trouvée et acceptée avec l’enfant.

Girafe et ChacalA partir de 6-7 ans, lorsque l’enfant peut mieux gérer ses émotions grâce à la maturation du cortex préfrontal, la communication non violente (parfois aussi appelée communication positive ou bienveillante) est un outil puissant pour répondre aux différents besoins de l’enfant. Cette outil est utilisable avec ses enfants mais aussi avec son conjoint, ses amis, ses collègues de travail.

La communication non violente part du principe que les comportements de chacun sont provoqués par l’insatisfaction de ses besoins. Elle s’intéresse à l’identification des besoins et des sentiments de chacun à partir des faits, à la reconnaissance des besoins et enfin à la recherche d’une solution commune qui satisfasse les besoins de chacun.

Voir les stages que je propose en binôme parent/enfant : ici

Limitations et difficultés

Les compétences requises pour pouvoir pratiquer le caregiving ou la communication non violente ne sont pas forcément innées.

Cependant elles peuvent s’acquérir en se faisant aider.

Voici les principales compétences / comportements à développer pour les parents :

    • Sécurité affective (sécure, insécure, désorganisé) du parent pour soutenir autant le besoin d’attachement (fonction maternelle) que le besoin d’exploration (fonction paternelle) du bébé ou de l’enfant.
    • Etre au clair avec ses propres émotions négatives.
    • Affection et soutien inconditionnel de l’enfant dans ce qu’il est.
    • Passer du temps avec l’enfant (soin, jeu) pour le connaître et développer l’attachement.
    • Etre congruent dans ses actes et son discours car l’enfant apprend par modélisation.
    • Avoir une capacité d’empathie (identifier les besoins de l’autre) et de sympathie (vouloir du bien pour l’autre).
  • Reconnaître l’enfant comme un être différent de soi et donc avec des envies, des besoins, des projets différents des siens.

école du colibriAutre lecture qui aborde les relations parents / enfants en lien avec l’école dans une structure innovante.

Autre articles avec ce sujet : La communication non violente, Atelier parent/enfant sur la communication non violente, atelier enfant 6-12  sur l’expression des émotions

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